Pourquoi il ne faut pas imiter les meilleurs (le biais du survivant)

Ne cherche pas à réinventer la roue. Suis la recette magique de ceux qui ont DÉJÀ réussi. Conforme-toi aux points communs de ces personnes inspirantes. Et si on oubliait quelque chose ?

Se lancer dans l’entrepreneuriat n’est pas aisé et, en tant que femmes, nous avons tellement de choses à (nous) prouver que nous analysons, nous nous renseignons, nous furetons,… et immanquablement, nous tombons toujours sur les mêmes merveilleux conseils de succes stories. Sans doute as-tu, toi aussi vu passer des articles aux titres engageants tels que « Les x conseils donnés par des entrepreneurs qui ont réussi », « Des experts livrent leur méthode », « Les entrepreneurs à succès ont ces x points en commun »,… et ça donne envie, mais est-ce vraiment pertinent ?

Méfiez-vous des gens qui réussissent

Thomas Durand, dans son intervention Méfiez-vous des conférences TED, lève un coin du voile sur le biais du survivant et nous fait réfléchir sur les fameuses recettes miracles.

On nous livre des récits motivants, stimulants, édifiants, inspirants,… Il manque un mot qui est moins à la mode, c’est ”pertinents” 

Thomas Durand

Fake news et mute news

Si on connaît les fake news (et le monde de l’entrepreneuriat ne fait pas exception à la règle), on a tendance à oublier les mute news… et pour cause, on n’en parle pas, on n’en a pas connaissance et on ne cherche pas à les connaître.

Au contraire, on tourne en rond avec toujours les mêmes conseils, les mêmes avis, les mêmes profils, les mêmes exemples et c’est normal parce que nous avons tous besoin de certitudes. Renforcer sans cesse les mêmes idées, impressions et concepts est le meilleur moyen de nous en persuader, de les intégrer.

Et puis, il faut être honnête : on n’apprécie pas vraiment les histoires d’échecs, ça nous ramène à la possibilité que, nous aussi, on pourrait échouer et ça, ça fait peur, on n’aime pas.

Pourtant, ce sont peut-être justement ces informations qui devraient le plus nous intéresser.

Le biais du survivant

Le biais du survivant, c’est cette propension que nous avons tous, naturellement, à chercher les points communs des rescapés… en oubliant de nous demander si les personnes qui ont échoué les partageaient également.

Un exemple simple : le loto. 100 % des gagnants ont joué. Certes, il faut jouer pour gagner, mais est-ce qu’il suffit de jouer pour gagner ?

De bonnes actions conduisent à de bons résultats

Cette croyance en un monde juste, que nous avons depuis l’enfance, nous induit en erreur car (spoiler alert !) le monde n’est pas juste et on ne reçoit pas toujours ce que l’on mérite.

La roulette russe

Si je te propose de jouer à la roulette russe pour 10.000.000 de dollars ?

Sans aucun doute certaines personnes tenteront l’expérience et, statistiquement, 5 sur 6 vont en ressortir riches. On vantera le courage de celles-ci, leur témérité. Elles ont fait le bon choix !

Qu’en est-il de la 6e ? En appliquant exactement la même action, elle aura obtenu un résultat légèrement différent.

Finie, la croyance générale qui veut que si le résultat est bon, c’est parce que les décisions prises et le processus étaient bons. Parfois, une même action peut avoir des conséquences totalement différentes en raison du hasard et de circonstances externes.

Être entrepreneur, c’est comme gravir le mont Everest

100 % des cadavres qui jonchent le mont Everest ont autrefois été des gens extrêmement motivés. La différence entre le mec qui meurt là-haut et celui qui revient, ce n’est pas qu’il était moins motivé. Il y a autre chose qui a joué : la chance, le hasard, l’organisation,… mais être motivé, ce n’est jamais suffisant ! 

Thomas Durand

Dans l’entrepreneuriat, c’est pareil.

Évidemment qu’il vaut mieux être motivé, mais la motivation seule ne suffit pas. Il faut aussi compter avec nos propres atouts, nos contacts, notre histoire personnelle, la chance… et surtout notre aptitude à la percevoir et à la saisir.

Non, tout n’est pas question de volonté !

Le pire, c’est qu’en propageant cette idée que tout est question de volonté, on stigmatise des personnes qui, bien qu’elles se soient donné beaucoup (peut-être même plus) de mal, sont en situation d’échec, ce qui est déjà pénible en soi.

On se regarde à la loupe, sans cesse, pour s’assurer qu’on fait tout bien et, quand quelque chose foire, on se dit que c’est évidemment de notre faute à nous.

L’erreur fondamentale d’attribution et la croyance en un monde juste

Nous voici arrivées à un point capital : toutes tes réussites (et tous tes échecs !) ne sont pas attribuables à tes qualités personnelles.

Relis cette phrase à voix haute ! Ça fait peur, mais ça fait du bien aussi !

Ces croyances qui nous tiennent chaud en hiver

On a tous envie de croire qu’une personne a en elle des choses qui vont guider son destin, qu’un acte bon va nous rapporter plus qu’un acte neutre ou mauvais, que si on désire quelque chose assez fort on va finir par l’obtenir,… De nombreuses personnes surfent sur ces croyances, dans de nombreux domaines, et les gourous de l’entrepreneuriat savent comment presser ces boutons.

Tant que tout va bien, c’est parfait

Eh oui, tant que l’on se concentre sur les réussites, pas de problème, mais quand l’un de nos pairs échoue, les conclusions tombent : il n’avait pas assez de volonté, elle ne s’est pas donné assez de mal…

On en vient à rendre la victime des circonstances coupable de son malheur, ce qui nous rassure parce que, nous, nous agissons comme il faut !

Jusqu’au jour où

Si nous, on se plante, si ça ne marche pas, ce même mode de pensée va renforcer notre sentiment de culpabilité : je ne l’ai pas assez voulu, je ne me suis pas assez donné de mal, qu’est-ce que j’ai mal fait…

Je suis sûre que ça te parle, cette remise en question incessante. Nous, les femmes sommes très fortes à ce jeu.

Et pourtant, des centaines de circonstances peuvent agir, dans un sens comme dans l’autre, sur une réussite, sans même qu’on en soit conscient.

Certains appellent ça le karma, d’autres la chance ou encore l’Univers. Une seule chose est sûre, nous ne maîtrisons pas tous les paramètres (encore un truc qui fait peur !).

Mais alors, que faire ?

Demande-toi pourquoi on porte un casque en moto, pourquoi on met sa ceinture en voiture et si Claude François a joué un rôle dans les normes sur les différentiels.

Voici le conseil que nous donne Frédéric Fréry dans sa vidéo :

« Si vous cherchez véritablement à comprendre les raisons du succès, assurez-vous que vous étudiez aussi les raisons de l’échec. »

Le seul moyen de concevoir une recette qui fonctionne, ce n’est pas de se baser sur les personnes qui ont réussi, mais bien sur celles qui ont échoué. La bonne nouvelle, c’est que ce sont ces dernières qui ont le plus à nous apprendre parce qu’elles ont réellement réfléchi à leur situation. Elles ont étudié leur contexte, leurs réactions, ce qu’elles ont bien fait et ce qu’elles ont moins bien réussi.

C’est sûr, c’est moins glamour, mais n’est-ce pas plus pertinent ?

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